Carton plein pour le FCC : La RDC Vers L’inconnu ?

Les résultats provisoires des élections sénatoriales ont été proclamés, le vendredi 15 mars 2019 en République démocratique du Congo. De ces résultats, il importe de relever les grandes lignes qui s’y dessinent et surtout la direction générale que ces dernières pourraient imposer à la marche générale des Institutions de l’Etat. Décryptage.

Tout part d’une série de constats. Premièrement, les faucons de la Kabilie se sont repliés dans la territoriale. Du coup, ce qui saute aux yeux, c’est le retour au pouvoir par l’arrière-porte de la plupart des faucons qui ont, pendant 18 ans, brillé par une mégestion criante dont on déplore les conséquences aujourd’hui. Ils sont aussi responsables de la crise généralisée que connait le pays.

On note, entre autres noms, parmi des animateurs de l’ancien régime mais qui reviennent aux affaires sous la nouvelle casquette de sénateurs : Augustin Matata Ponyo (Maniema) ; Alexis Thambwe Mwamba (Maniema) ; Léonard She Okitundu (Sankuru) ; Evariste Boshab (Kasaï) ; Samy Badibanga (Kasaï Oriental) ; Ngoyi Kasanji (Kasaï Oriental) ; François Mwamba (Kasaï Oriental) ; Tshikez Diemu (Lwalaba) ; Kaumba Lufunda (Lwalaba) ; Kazadi Nyembwe (Lomami) ; Tibasima (Ituri) ; Mumbere (Ituri) ; Kabuya Lumuna (Haut Lomami) ; Francine Muyumba (Haut Katanga) ; Isabelle Mishimbi (Haut Lomami) ; Bahati Lukwebo (Sud-Kivu) ; André Kimbuta (Kwango) ; Mokolo Wa Mpombo (Equateur) ; José Endundo (Equateur) ; José Makila (Sud Ubangi) ; Jean-Lucien Bussa (Sud-Ubangi) ; Rubuye Hakizimwami (Kinshasa) ; Patrick Lubala Birhashirwa (Kinshasa) ; Itambituo Bakaato (Kinshasa); André Kimbuta (Kwango); etc.

Le deuxième constat c’est le positionnement, soit des membres de famille soit des alliés. Le népotisme s’est également invité à la sélection des sénateurs. C’est ainsi que parmi les quatre sénateurs « nommés » dans le Kasaï, deux sont épouse et époux vivant dans un même toit conjugal. En effet, la nouvelle sénatrice, Luese Bakwa Moyo est bel et bien l’épouse officielle de l’ancien président de l’Assemblée nationale et cacique de l’ancien régime, Évariste Boshab.

A coté des membres de familles, il a fallu aussi positionner des alliés potentiels pour le besoin de la cause : Mobutu Giala Albert Philippe (Ubangi) et Kpama Baramoto Kata Philippe (Ubangi) ; Françoise Bemba (Sud Ubangi).

Le troisième constat fait de ces honteuses élections sénatoriales est cette très large et « suspecte » majorité absolue du Front commun pour le Congo (FCC), plateforme politique chère à l’ancien président de la République, Joseph Kabila.

Carton plein pour le FCC

Selon des éléments à notre possession, il y a lieu de croire que tout est à la portée du FCC qui a fait carton plein dans les principales Institutions de la République. Cette méga plateforme compte à elle seule, 341 députés sur 385 à l’Assemblée nationale; 84 sièges sur 100 au Sénat (90%); 20 présidents des Assemblées provinciales sur 24. Reste à pourvoir, les postes de gouverneurs dont l’élection interviendra sous peu; mais aussi ceux des présidents de deux Chambre du Parlement et celui du premier ministre.

C’est donc une majorité large du FCC, de toute évidence trop large pour être vraie. Une majorité qui défie toute logique électorale. Toutes les dispositions ont été prises pour damer le pion au Cap pour le changement (Cach) qui occupe présentement l’institution Présidence de la République. De l’avis de certains analystes, même dans l’hypothèse où Cach arrivait à se réconcilier avec Lamuka de Martin Fayulu en vue d’un front commun, ils ne réuniront que 9 sièges sur 91 au Sénat. La proportionnelle joue en défaveur du président de la République, Félix Tshisekedi, mais avec au menu, des questions bien fâcheuses sans un quelconque début de réponse.

Le Drian avait-il raison?

Comment expliquer que la famille politique dont le candidat a eu moins de 16% à l’élection présidentielle puisse rafler quasiment toutes les voix aux sénatoriales ? Par quelle magie, le peuple qui a rejeté massivement le pouvoir de Kabila puisse se permettre de voter encore massivement pour ses animateurs coriaces et impitoyables qui ont mis le pays à genoux ? Comment comprendre que le président Félix Tshisekedi qui a remporté haut la main l’électorat dans les trois provinces Kasaï puisse se retrouver devant un Sénat à 100% FCC acquis à la kabilie ? Comment expliquer, à l’annonce des résultats des sénatoriales, la grande tension sociale de ce vendredi 15 mars de la part de la population locale contestant l’élection du professeur Évariste BOSHAB comme sénateur ?

Autant d’incohérences qui collent au grand Congo le profil minable d’une république bananière et qui commence à donner raison à Yves Le Drian, l’actuel ministre des Affaires étrangères de la France qui déclarait, il y a un mois, qu’ « au Congo les élections se sont achevées par une espèce de compromis à l’africaine… » Un compromis du reste très compromettant pour l’avenir même de la Nation toute entière.

Vers l’inconnu ?

Eu égard aux enjeux de l’heure, tout porte à croire que le jeu politique était déjà corsé depuis le Deal secret scellé entre le FCC et l’UDPS et dont la répartition des postes ci-haut reprise est une illustration éloquente. Outre le contrôle des Ministères régaliens du futur Exécutif qui tarde à venir, des forces sécuritaires ou policières encore sous contrôle de l’ancien pouvoir, la kabilie a également tout prévu pour avoir la mainmise sur la territoriale congolaise.

Elle a réussi à faire nommer des présidents des Assemblées provinciales acquis à sa cause dans 20 des 24 provinces où les élections ont eu lieu. La publication des résultats des élections sénatoriales démontre combien les sénateurs et députés provinciaux seront sous le contrôle total du FCC.

Joseph Kabila et ses ouailles gèrent soigneusement ce dossier de la territoriale durant cette période où il sera appelé à agir dans l’ombre du pouvoir. Ceci est assez symptomatique de quelque chose de très louche qui se profilerait à l’horizon de la météo politique congolaise.

En ayant un contrôle direct sur les responsables des territoriales, Kabila jouit désormais de deux avantages politiques. Primo, il échappe désormais à toute poursuite judiciaire sur sa gestion calamiteuse du pays et sur les nombreux meurtres et crimes dont son double mandat reste comptable. Fort de ce blanchissement économique et judiciaire, Kabila pourra désormais se donner allégrement les moyens de faire fonctionner le plan B auquel il travaille depuis le jour de prestation de serment du nouveau président Félix-Antoine Tshisekedi. Cohérent avec lui-même suite à la promesse d’un « au revoir » et non d’un « adieu » faite à ses pairs africains réunis à Windhoek, Kabila a commencé à travailler sérieusement au plan de son retour sur le devant de la scène.

Pour y parvenir en 2023, il aura besoin de modifier les règles du jeu politique et électoral congolais en vue de lever tous les obstacles juridiques et constitutionnels qui feraient barrière à ses ambitions. D’où pour lui, l’importance du projet d’un référendum pour modifier les règles régissant l’élection du président congolais, non plus par le peuple, mais par le Parlement. Et dans l’entendement de la kabilie, ce projet passerait plus facilement avec une territoriale entièrement acquise à la cause de Kabila. Moins par ses administrés qui l’ont massivement vomi que par ses administrateurs qui s’emploieront à leur coutume légendaire d’organiser la fraude électorale soit du référendum soit du scrutin électoral qui s’en suivra.

L’article 166 de la constitution en téléchargement

Pour revenir sur les conséquences juridiques de cette majorité écrasante du FCC au Sénat, force est de rappeler l’article 165 de la constitution congolaise qui rend les sénateurs du FCC capables d’actionner leurs prérogatives de poursuivre le Président de la République notamment pour les infractions de « haute trahison », de « délits d’initié », d’ »atteinte à l’honneur » ou de « corruption » ou encore d’« outrage au parlement ».

Connaissant le modus operandi de la kabilie, une fausse accusation sera vite fabriquée dès lors qu’ils voudront parvenir à tout prix à leurs fins. Ils n’en seront pas à leurs premières prouesses machiavéliques. Au regard de ce qui précède, on peut sans crainte d’être contredit, que la RDC se dirige lentement mais surement, vers un inconnu dont seuls les metteurs en scène savent l’issue.

Rolly  NAWEZI

 

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