A PROPOS DE LA CORRUPTION MORALE ET POLITIQUE DES PARLEMENTAIRES EN RD CONGO ?



Beaucoup de fuites d’information font état du débat houleux qui a eu lieu lors de l’assemblée plénière sur le dossier des Amendements au Projet du Règlement Intérieur de l’Assemblée nationale. Concernant le réajustement des salaires de nos députés et la réduction de leur train de vie, le député Sesanga a émis une proposition de les revoir à la baisse pour raison d’exemplarité. Pour une fois l’on a vu tous les parlementaires de FCC, de Cach et de Lamuka se mettre d’accord pour se dresser comme un seul homme contre ce projet de loi. Ils y ont tous opposé leur véto, voulant maintenir leur train de vie trop bien au-delà du citoyen moyen et des moyens financiers dont dispose l’État en déliquescence.
Et pourtant tous les congolais sont restés témoins des corruptions massives qui se sont déroulées au vu et au su de tous pour pouvoir accéder au Sénat. S’est-on une fois demandé pourquoi tous les congolais veulent devenir parlementaires ou sénateurs ? La cause est pourtant si simple à comprendre : c’est en raison de salaires faramineux qu’on en gagne sans compter d’autres cartons d’argent qui circulent sous la table lorsqu’il s’agit pour le pouvoir en place de faire passer telle loi en faveur d’un groupe d’individus et contre la volonté du souverain primaire. Bref, ce ne sont pas seulement les poches des députés qui sont corrompues mais bien pire, leur conscience de travail et tout l’état d’esprit vicié dans lequel ils exercent ce noble travail.
Il s’est installé dans les deux Chambres toute une culture de corruption qui fait en sorte que tout mais alors tout peut se monnayer au grand détriment des intérêts vitaux du peuple congolais. L’élu du peuple en corrompant ou en acceptant la corruption d’un tiers traine impardonnable ment dans la boue l’idéal pour lequel il a été voté. Il trahit sa noble mission tout en tournant le dos au peuple qu’il est censé représenter et défendre.
Le drame actuel qui se joue dans le chef des parlementaires congolais, c’est la perte manifeste de leur conscience morale et professionnelle. Ils ont été élus par un peuple affamé, clochardisé et abandonné à son triste sort. Ce peuple attend voir ses élus défendre ses intérêts pour améliorer son vécu quotidien. Mais ces élus ont délibérément choisi d’exceller dans la médiocrité sinon dans une inconscience professionnelle notoire. Ils ont perdu tout sens du devoir d’État leur rappelant à tout moment qu’ils siègent à l’hémicycle pour contrôler l’Exécutif et être des porte-parole de sans-voix congolais.
Oui ! Être un bon parlementaire exige un minimum de sens de justice sociale et distributive. Ou encore un style de vie exemplaire qui ne demande pas aux administrés des sacrifices qu’eux-mêmes refuseraient. S’est-on une fois demandé avec quelle conscience professionnelle un député congolais peut prétendre défendre le sort d’un enseignant qui gagne 70$ soit cent fois inférieur à son barème ? Est-ce que ce député qui gagne cent fois plus travaille plus qu’un enseignement qui chaque jour consacre huit heures d’enseignement sans compter des devoirs d’élèves à corriger à domicile ?
L’autre palier du mal qui couve depuis au parlement congolais regarde les motivations politiques de l’augmentation exponentielle des salaires des députés congolais. Quant à leurs émoluments à 1500 $ en 2003, à 6000 $ en 2006 et enfin à 13.000$ en 2011, ce simple regard rétrospectif sur l’historique des salaires du parlement congolais nous fait comprendre de quelle manière la courbe des salaires est allée crescendo au fur et à mesure que le pouvoir d’occupation de l’AFDL a eu besoin du soutien des parlementaires en 2003 (pour imposer la formule 1+4 du dialogue de Sun City), en 2006 (faire accepter le trucage des élections présidentielles) et en 2011 ( faire passer le hold-up électoral) pour monnayer la conscience des députés congolais et les contraindre à soutenir l’insoutenable et à accepter l’inacceptable.
Voilà pourquoi tout intellectuel doit comprendre les salaires exorbitants des députés congolais comme une arme de pression politique sur leur travail et de corruption morale de leurs consciences professionnelles. A l’hémicycle du parlement les masses d’argent qui y circulent alimentent un circuit quasi officialisé d’une corruption institutionnalisée. Une autre manière de corrompre les consciences des députés désormais forcés de fermer les yeux sur des lois ou des décisions répréhensibles au bon fonctionnement de l’État.
La question de salaires des députés est éminemment politique et cruciale pour un nouveau décollage de la RDC. Car si la corruption a pu élire domicile dans l’enceinte même des institutions où elle devrait être combattue alors plus rien n’est à espérer pour l’avenir de ce pays. La nouvelle présidence congolaise doit prendre le taureau par les cornes en renégociant le respect des textes du règlement de l’Ordre Intérieur du Parlement par rapport au budget réel de l’État pour l’année en cours.
Après avoir vu le traitement de plus d’un demi-million de dollars alloués mensuellement au président sortant et les décrets publiés par Bruno Tshibala, le premier ministre sortant, pour assurer ses arrières et ceux de tous ses conseillers, la RDC court un grand danger de gabegie financière au profit de ceux qui ont pillé et continuent de piller l’État durant et après leur mandat. Il y a urgence à légiférer en cette matière. Car il y a une volonté délibérée de la part de dirigeants congolais d’établir une injustice structurelle avec des rémunérations des agents publics de l’État qui sont ainsi inéquitables et non conformes aux dispositions constitutionnelles (Article 36 de la Constitution de la RDC), légales et règlementaires (Loi n°16/013 du 15/07/2016 en ses articles 46, 47 et 48) en la matière.
Rien qu’à considérer le barème fixé par la Fonction publique en début 2018, énorme est la disparité salariale entre un député (11.550.000 FC) et un Secrétaire général (120.654 FC) et un huissier (87.000FC FC). L’écart est hallucinant.
Et pourtant le Règlement d’ordre intérieur de l’Assemblée nationale congolaise est très clair là-dessus. Dans son article 104 al. 7, il statue : « les avantages et émoluments du député ne peuvent dépasser le plafond de cinq fois rémunération et avantage du Secrétariat général d’administration publique, hors transport. ». Un petit calcul mathématique place les salaires d’un député en comparaison à celui d’un Secrétaire non pas dans un rapport de 1/5 exigé par la loi mais plutôt de 1/95. En termes clairs, nos députés sont les premiers à bafouer les dispositions légales qu’ils arrêtent.
Cela dit, le plafonnement des émoluments des députés devient une urgence nationale. La réduction de leur train de vie devient le miroir de l’exemplarité que les élus nationaux et provinciaux doivent donner pour contribuer au décollage du pays. On ne peut pas bâtir l’avenir du Congo en consacrant toutes les ressources de l’État aux salaires et fonctionnement des institutions politiques. Rien de plus insensé !
Mes propositions personnelles.
Pour ne plus jamais vivre les scènes de corruption à vue d’œil auxquelles nous avons assisté pour les listes sénatoriales, il y a quatre prophylaxies.
1. Remettre au centre des institutions congolaises dont les deux Chambres, l’esprit du service de la Nation en lieu et place du projet d’enrichissement personnel ;
2. S’appuyer sur l’exemple sénégalais ayant fondu les deux chambres en une seule, supprimant le Sénat inutilement budgétivore et allouant ces grosses sommes d’argent aux travaux d’infrastructures de base ;
3. Et pour la seule Chambre du parlement qui en reste, réduire drastiquement le salaire des députés au barème des enseignants, tout en garantissant juste leur transport et leur logement durant les périodes des assemblées ordinaires et extraordinaires. Ce qui immanquablement provoquera en eux cette volonté acharnée à défendre le sort des plus démunis ;
4. Cette réduction drastique de leur salaire entrainera automatiquement une purge naturelle au sein du Parlement dans ce sens que n’y resteront que ceux qui ont à l’âme : et l’amour de la patrie et le dévouement à son service. Redonnant en même temps au Parlement son rôle de contre-pouvoir et d’exercice du contrôle de l’Exécutif.

Géopolitique de la Violence et de la Paix En Afrique, par Rcongonews