Rdc: Mariage précoce facteur de sous-développement en RDC (Enquête)


En République Démocratique du Congo, la situation des filles demeure préoccupante au regard des violences de toutes sortes dont les filles sont victimes. Malgré l’adoption de la loi No 09/001 du 10 janvier 2009 portant protection de l’enfant et de La loi No 16/008 du 15 juillet 2016 modifiant et complétant la loi No 87_010 du premier Août 1987 portant code de la famille, les filles sont encore victimes de violences basées sur le genre, y compris le mariage d’enfants ainsi que la Loi sur les Violences Sexuelles qu’on appelle la Loi N°06/018 du 20 Janvier 2006 modifiant et complétant le Décret du 30Janvier 1940 portant code pénal Congolais.

Les statistiques officielles au niveau du Secrétariat Général du ministère du genre, de la famille et de l’enfant font état d’environ 43% des filles qui sont mariées avant l’âge de 18 ans en RDC. Selon une enquête conduite par le Fonds des Nations Unies pour la Population(UNFPA) en 2018, 11% des femmes se marient avant l’âge de 15 ans et une adolescente sur cinq est mère. Au Kasaï central, 32% des filles sont données au mariage avant qu’elles atteignent l’âge de 15 ans et 25% des filles congolaises voient leur vie brisée à cause de ces mariages précoces, à cause de leur fécondité précoce. Les zones d’exploitation artisanale de diamant de la province du Kasaï enregistre un taux élevé des mariages précoces selon un récent rapport publié par l’Unicef à l’occasion de la journée de l’enfant africain. Les statistiques relèvent que 70% des filles sont envoyées précocement au mariage par les parents, abandonnant ainsi les études sous prétexte de manque des moyens financiers.

Pour la Secrétaire Générale du Ministère du genre, de la famille et de l’enfant Adrienne Binwana qui nous a accordé une interview, cette situation constitue un frein au développement. À l’en croire, le mariage précoce a pour cause la pauvreté des parents, l’inégalité des sexes, la perpétuation du statut inférieur des Femmes, la maltraitance dont les filles sont victimes de la part de leurs marâtres et autres belles soeurs.

«Pour mettre fin au mariage précoce, il faut travailler dans l’application des lois et surtout l’amélioration des conditions de vie de la population », a insisté Adrienne Binwana, Secrétaire Générale du Ministère du genre, de la famille et de l’enfant.

Mariage précoce: ignorance ou faiblesse de la loi ?

À en croire Me Jacob Tshituka, avocat de la Ligue des Zones Africaines de Défense des Droits de l’Enfant, le mariage précoce n’est pas un terme juridique. L’article 330 du code de la famille parle du mariage tout simplement. Étant donné que le législateur congolais ne conçoit pas le mariage avant l’âge de 18 ans, ceci constitue un cas de viol.

Tout en affirmant que la Lizadel vient de casser en justice un mariage contracté entre un adulte et une fille mineure, maître Jacob Tshituka attribue le phénomène mariage précoce non pas à la faiblesse de la loi car la force reste toujours à celle-ci mais plutôt à l’ignorance des parents. Pour ce défenseur des droits de l’enfant, plusieurs cas de mariage précoce restent impuni parce que ça n’arrivent pas devant le procureur.

Et d’ajouter que pour enregistrer et célébrer un mariage, l’officier de l’État Civil se base toujours sur le code de la famille qui stipule en son article 352 «L’homme et la femme avant 18 ans ne peuvent contracter le mariage », l’article 357 de la même loi précise que « L’enfant même émancipé, ne peut contracter le mariage ».

«Si un cas de mariage précoce arrive chez nous à la Lizadel, nous portons plainte en justice contre le majeur qui a épousé la fille de moins de 18 ans. Il faut souligner aussi que la loi No 09/001 du 10 janvier 2009 portant protection de l’enfant, donne le pouvoir au procureur d’arrêter et au juges de condamner les parents du garçon ou de la fille pour complicité du viol», a déclaré ce défenseur des droits de l’enfant. Et maître Jacob Tshituka de renchérir : « On peut aller plus loin pour voir si le mariage précoce a été négocié, alors dans ce cas le négociateur serait considéré comme l’auteur intellectuel du viol».

Les conséquences du mariage précoce !

Plusieurs études ont démontré que le mariage précoce et forcé présente des graves conséquences sur la vie d’une fille mais aussi sur sa communauté. Les mariages précoces entraînent souvent violences et abus sexuels de la part du mari, et les relations sexuelles sont souvent forcées.

Pour le docteur Gloria Kibeti, médecin gynécologue aux cliniques universitaires de Kinshasa, le mariage précoce présente beaucoup de risques liés à la santé de la reproduction parmi lesquels les infections sexuellement transmissibles comme la blennorragie, les infections human papillomavirus qui à la longue exposent la femme à des risques du cancer du col de l’utérus et des infections obstruction tubaire qui peuvent amener à la stérilité. Le docteur Dorcas Kibeti évoque également parmi les risques d’une sexualité précoce les grossesses précoces première cause de mortalité chez les filles de 15 à 19 ans, mais aussi le VIH SIDA car même si une fille a eu la chance d’avoir une éducation sexuelle, elle est rarement en capacité de négocier les rapports sexuels protégés.                     

Selon ce médecin gynécologue, une femme qui commence la maternité très tôt court un certain nombre des risques entre autres, la multiparité c’est à dire une fréquence élevée de maternité. Et de préciser que la multiparité est aussi l’un des facteurs de risque du cancer du col de l’utérus. Parmi les complications du cancer du col de l’utérus, il y a le fistule ureterovaginale et au niveau de la cloison vaginale.

Cleverly Dylan Gaye