Lettre ouverte aux députés provinciaux du Sankuru et aux candidats gouverneurs

 

L’heure est grave et la Sankuroise que je suis, a décidé de vous laisser quelques lignes en cette nuit de tous les enjeux.  Pour éviter tout quiproquo, je vais commencer par me défaire de ma casquette de journaliste. J’émets un point de vue comme toute autre citoyenne et j’en ai plein droit.

Le Sankuru est la dernière province à organiser l’élection de gouverneur et vice-gouverneur. C’est manifestement ambivalent. L’aspect positif est bien celui du recul que vous pouvez prendre par rapport à l’expérience d’autres provinces, la capitaliser et la mettre à profit. Tel est d’ailleurs le souhait le plus ardent de tout sankurois. À ce premier aspect, s’ajoute un second! Il est contraignant! Et il vous met fondamentalement en position de faiblesse. Tout le monde vous observe.

Sankuroises et Sankurois ainsi que le Congo tout entier attendent de vous, quelque chose de spécial.  Tenez! Je n’ai pas à vous rappeler combien le Sankuru est enclavé! Je n’ai pas non plus à décrier tout haut les conditions sociales dans lesquelles vit le peuple sankurois! Je n’oserai pas aujourd’hui déplorer l’état des routes au Sankuru! Je ne dirai rien sur la vétusté des bâtiments administratifs hérités de l’ère coloniale! Je n’entends pas me lamenter cette nuit sur le sort de ce Sankuru profond où le sel et le savon sont au nombre de denrées rares! Je ne vous rappelerai certainement pas que le Sankuru avec sa flore et sa faune est une région au grand potentiel touristique! Je refuse de dénoncer à travers ces lignes, la misère sordide dans laquelle croupît le peuple sankurois! Je ne ferai pas miennes les paroles du griot Pena Djamba d’heureuse mémoire! Anyanya w’anyanya sho aseka Lumumba, chantait-il! Le Sankuru, terre du héros national Patrice-Emery Lumumba, est une métaphore parfaite d’un Congo tétanisé où la dynamique du progrès est ou trop lente ou simplement inexistente. Tout cela, vous le savez! Peut-être mieux que quiconque!
Et vous prétendez servir le Sankuru ? Oui.

 

Demain, vous en aurez l’occasion. Une occasion en or. Celle d’entrer en lettres que vous choisirez dans la glorieuse histoire de notre province. La province des héros! La terre des vaillants guerriers! Il vous appartiendra de démontrer que vous êtes dignes de votre peuple. Faites un choix qui honore le passé et qui soit bénéfique au présent.
Chers honorables, il est temps de sonner le glas à la spirale de la violence et de la division. Où va-t-on? On a quitté les conflits entre territoires, pour créer des foyers de tension entre les secteurs.

Quel cynisme! C’est simplement honteux ! On veut sacrifier l’intérêt commun au nom des calculs bassement politiciens? Quel gâchis! Quelle déception d’entendre que certains parmi vous, honorables, ne devraient pas voter pour tel ou tel candidat parce qu’il est du même secteur qu’eux, et par peur de perdre leur popularité au village! En faisant ce calcul si vil, où mettez-vous le Sankuru, votre peuple? En raisonnant ainsi, honorables, permettez-moi de vous poser une question d’une patriote enragée: Qu’est-ce qui resterait d’honorable en vous, si réellement il vous arrivait de tomber dans un tel piège? Votre audace et votre ferme détermination aucours des mois passés nous permettent encore de garder un brin d’espoir.

 

Vous n’accepterez pas de corrompre une lutte si noble, qui servira désormais de jurisprudence à ce pays, en cédant aux appétits personnels gloutons. Demain, je sais et je souhaite que vous vous dépassiez et que vous ne soyez ni Tetela de la savane ni Tetela de la forêt, ni Muluba, ni Musonge… Demain, honorables, soyez sankurois. Devant l’urne, soyez sankurois!

Enfin, pourquoi ai-je choisi cette nuit pour vous écrire ? Je me suis dit qu’après tous les arrangements, vous aurez un petit temps de repos. Faites une petite introspection, faites preuve de bon sens et agissez pour le bien du Sankuru. Lambert Mende Omalanga et Joseph Mukumadi sont tous fils du Sankuru mais de deux, il existe un qui est bien meilleur. Montrez-le-nous. Aux Candidats gouverneurs, merci de compétir en toute loyauté, on peut bien se faire élire sans faire de la division un argument de taille. Faites de cette élection une arène où les projets sont des glaives. Il faut convaincre par la beauté et la faisabilité de votre projet! À bas la bassesse.

Clarisse Mulenda Mbutshu

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