RDC : Affrontement entre Congolais et MBOROROS à TADRA, dans le territoire de FARADJE

Le Gouvernement provincial du Haut-Uele a exhorté, le 17 octobre, les MBOROROS, ce sous-groupe des Peuls (originaires d’Afrique de l’ouest) éleveurs nomades de bétail, à regagner » leurs pays » et la population congolaise à les laisser rentrer chez eux sans incidents. D’après l’ONG locale, Action pour la promotion rurale (APRU), des départs ont été constatés. Toutefois, on ignore où se rendent ces personnes qui ont repris la route.

 

Il faut dire que ces événements interviennent dans un contexte particulièrement tendu. Car, le 9 octobre dernier, la société civile lançait « un train de mesures pour chasser les envahisseurs ». Il s’agissait d’un appel à la population à rompre toute relation avec les MBOROROS: « ne plus consommer leur viande » (NDLR: vendue moitié moins chère que celle des bouchers congolais, au grand mécontentement de ceux-ci, mais à la satisfaction de la population pauvre) et refuser de les « voir » sur les marchés; ne plus leur acheter de bétail; ne plus rien leur vendre; ne plus les saluer; ne plus leur louer de logement; ne plus les transporter; ne plus avoir de « relations sexuelles » avec eux; exiger qu’ils quittent « votre village, votre quartier ».

 

De plus en plus maux acceptés par les Congolais

Il faut dire que le 11 septembre dernier, un énième accrochage entre Congolais et MBOROROS à NYANGARA-centre avait fait des blessés. Les derniers étant régulièrement accusés de se comporter « en territoire conquis, avec une tendance de sédentarisation », les ressortissants du Haut-Uele craignent que les MBOROROS s’installent définitivement dans leurs différents territoires. En avril dernier, un affrontement entre Congolais et MBOROROS à TADRA, dans le territoire de FARADJE, avait fait un mort et deux blesses chez ces derniers.

Ce tragique fait divers entraînant une série d’actions de la part de la société civile locale, encouragée à agir par le député provincial, Jean Faustin AKUMA et fatiguée d’attendre une intervention des pouvoirs publics congolais. Reflet des peurs des Congolais, en juin, la jeunesse de la province avait lancé une « Opération zéro MBORORO » : une marche et une journée ville morte le 12 juin, » pour que tous les moyens utiles d’autodéfense se voient amorcés par cette population vulnérable », selon les mots de l’organisateur, Me Isaac Degba Egboko.

 

Les protestataires, soutenus par le député national de FARADJE, Jean-Pierre ANOKONZI, accusent « la communauté internationale » de « cajoler » les MBOROROS, « présentés abusivement comme des réfugiés climatiques ».

Province isolée

La province du Haut-Uele, bordée au Nord par le Sud-Soudan, au Sud par la TSHOPO, à l’Ouest par le Bas-Uele et à l’Est par l’Ituri, se trouve très isolée, avec une présence peu importante de l’Etat congolais. Peuplée de quelques 2 millions d’habitants, cette province a subi les exactions de la Lord’s Resistance Army (LRA) ougandaise. Il y a aussi eu l’afflux de 13.000 réfugiés soudanais et sud-soudanais, après des conflits civils. En 2006-2007, des milliers de Mbororos centrafricains ont fui ce pays pour le sud du Tchad, le Cameroun et la RD Congo. La richesse des pâturages dans le nord-est du pays est un paradis pour les éleveurs Mbororos venus de ces pays.

 

Les MBOROROS sont cependant de plus en plus maux acceptés par les Congolais. La population locale leur reproche d’être armés et, comme tous les agriculteurs confrontés à du bétail non enfermé, accuse leurs bêtes de détruire des champs et de » polluer » des points d’eau.Certaines groupes de la société civile congolaise assurent qu’ils » tuent » et » violent » des Congolais, alors que l’organisation américaine de défense des droits de l’homme Human Rights Watch (HRW) a rédigé un rapport répertoriant des cas d’exactions dont les MBOROROS sont victimes de la part des FARDC.

 

Par YHR

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