RDC : Felix TSHISEKEDI fait le serment de ramener une paix définitive dans la partie Est

« Notre combat sera celui de vous apporter la paix, une paix définitive… Je suis prêt à mourir pour qu’elle soit une réalité ». En séjour, début octobre à Bukavu (Sud-Kivu), le chef de l’Etat Félix TSHISEKEDI a fait le serment de ramener « la paix, une paix définitive » dans la partie Est de la RDC, se disant « prêt à mourir pour qu’elle soit une réalité ». Cependant, sur l’axe Beni-BUTEMBO-Goma-Ituri, des forces centrifuges, internes et externes, entretiennent une florissante économie de guerre qui retarde tout effort de pacification. Dilemme !

Depuis début octobre 2014, le territoire de Beni, dans l’Est de la RDC, est la cible d’attaques répétées des hommes armés qui s’en prennent aux populations civiles. Ces morts en série ont fini par soulever la population qui s’en est prise dernièrement aux forces onusiennes, les accusant de passivité face à un ennemi, identifié sous la nébuleuse « rebelles ougandais de l’ADF». A Beni, il ne se passe plus un jour sans que l’on dénombre des massacres. Pourtant, dans la même région, les Forces armées de la RDC ont déployé un important dispositif de défense, sans oublier les troupes de la MONUSCO qui y ont établi leur quartier général.
A quelques kilomètres de là – BUTEMBO – c’est le même désarroi. Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu, peine à retrouver la quiétude. En Ituri, le drame est tout aussi similaire. On est bien en face à un axe de la mort qui inclut Béni-BUTEMBO-Ituri et Goma.

Voilà cinq ans que l’Etat congolais n’arrive pas à venir à bout de l’ennemi invisible qui sème la terreur sur cet axe de la mort. Il est connu sous la dénomination des rebelles ougandais de l’ADF. Mais, personne à ce jour n’a pu le neutraliser. Bien au contraire, des récentes tueries témoignent de la capacité de nuisance de cette force négative.

Parallèlement, sur cet axe de la mort prospère depuis des années une économie de guerre où les tireurs des ficelles, qui se recrutent aussi bien en interne qu’à l’externe, tirent de gros dividendes. Entre-temps, l’Ouganda, qui devait en principe, se mettre aux côtés de la RDC pour l’accompagner dans la traque des ADF brille par une indifférence indescriptible. L’attitude de Kampala laisse pantoises toutes les personnes de bonne volonté qui assimilent le retour dans cette partie de la RDC au retour du « Fils de l’homme ».

 

Bref, de gros intérêts dépassant les frontières de la RDC sont en jeu dans l’Est du pays. L’on se rappelle qu’il y a quelques années, le président honoraire Joseph Kabila avait fait état d’une « maffia politico-militaire ». Celle-ci travaillerait intensément à l’instabilité de l’Est de la RDC, aussi en a-t-elle fait un fonds de commerce. Tous ces vautours impénitents ne lésinent pas sur les moyens pour profiter des immenses ressources naturelles de l’ex-colonie belge.
Il est curieux de constater que les ADF redoublent généralement d’ardeur lorsqu’on les suppose être en déroute.

 

La ferme promesse de Fatshi

 

Arrivé au pouvoir en janvier 2019, le chef de l’Etat Félix TSHISEKEDI s’est engagé à pacifier l’Est de la RDC. Il s’est dit conscient de l’immensité de la tâche. Il sait que la paix dans cette partie fragile du pays est la résultante de l’interaction entre plusieurs facteurs et forces tant internes qu’externes.
Début octobre, le président de la République a fait, depuis Bukavu, dans le Sud-Kivu, le serment de consacrer toute son énergie pour une paix durable dans l’Est. C’est un chantier colossal. Félix TSHISEKEDI ne feint pas d’ignorer cette évidence.
« Notre combat sera celui de vous apporter la paix, une paix définitive, une paix nécessaire pour la stabilité de notre pays », a déclaré le chef de l’Etat congolais, lors d’un rassemblement public à Bukavu. « Et cette paix, croyez-moi, je suis prêt à mourir pour qu’elle soit une réalité », a-t-il ajouté, de retour d’un séjour de près de trois semaines à l’étranger.

Lors de la campagne pour la présidentielle de décembre 2018, Félix TSHISEKEDI, alors candidat, avait promis de faire déplacer l’état-major général des FARDC dans le secteur de Beni-BUTEMBO, une fois élu. Il aura fallu cependant attendre neuf mois pour que le chef de l’Etat passe à l’action.

En effet, depuis quelques jours, une délégation gouvernementale, conduite par le vice-Premier ministre de l’Intérieur, accompagné du ministre de la Défense et du chef d’état-major général des FARDC, séjourne dans le Nord-Kivu, avec pour mission d’installer un état-major avancé à Béni. C’est un pas important dans la traque des ADF.

 

Une équation à plusieurs inconnues

Mais, sur cet axe de la mort, la population a vu tellement d’initiatives, généralement infructueuses, qu’elle n’accorde aucun crédit aux promesses et autres déclarations des autorités provinciales et nationales. Bien plus, elle a cessé de croire à l’accompagnement de la communauté internationale. Aussi a-t-elle décidé de se prendre en charge, en s’attaquant aux installations de la MONUSCO qu’elle accuse d’entretenir l’instabilité pour justifier la pérennisation de sa présence sur le sol congolais.

 

C’est dire combien le retour de la paix sur cet axe de la mort est complexe. Ainsi, au-delà des initiatives menées en interne, la synergie sous-régionale s’impose, en associant notamment des pays frontaliers tels que l’Ouganda et le Rwanda. Malheureusement, pour qu’une telle stratégie porte, il faut que les partenaires à la coalition qui devra se mettre en place jouent franc jeu. Ce qui n’est généralement pas le cas, chaque fois que l’Ouganda ou le Rwanda sont mis à profit dans une opération militaire en RDC.

Quoi qu’il en soit, c’est le serment de Félix TSHISEKEDI qui est à l’épreuve. Le chef de l’Etat a promis de se battre pour que l’Est de la RDC retourne dans l’accalmie. C’est encore possible, notent nombre d’observateurs. Tout dépendra, disent-ils, de la capacité de Félix TSHISEKEDI à imposer une vision claire et une ligne de conduite auxquelles tout le monde, c’est-à-dire l’armée, la MONUSCO, la population et les pays tiers devront adhérer. Si non, ça sera encore et toujours un cercle vicieux, à l’issue improbable.

 

P.A.A

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