Jo M. Sekimonyo : « Le FCC n’a pas encore de maturité pour insuffler le développement de la RDC »

Le professeur Jo M. Sekimonyo a scruté l’état de la sphère politique congolaise au regard des forces en présence aujourd’hui en République démocratique du Congo. Ce professeur d’économie évoluant aux USA estime que le Front commun pour le Congo (FCC), bien que plateforme majoritaire dans les institutions de la République, n’a malheureusement pas le poids pour contribuer au développement du pays, du mois à la lumière de cette première année. Jo Sekimonyo interpelle Joseph Kabila, autorité morale du FCC, de pousser cette plateforme politique à la « maturité » au regard des défis qui se posent à la RDC.

La République démocratique du Congo se prépare à célébrer l’An 1 de l’alternance démocratique au sommet de l’État. Si la Présidence de la république a été gagnée par un candidat de l’Opposition, en l’occurrence Félix-Antoine Tshisekedi qui était le président du parti phare de l’Opposition, l’UDPS, le régime sortant coalisé au sein du Front commun pour le Congo (FCC) a gagné aussi bien les législatives nationale et provinciales que les sénatoriales et même les exécutifs provinciaux.

Pour le professeur Jo Sekimonyo, le FCC qui a raflé les élections à plusieurs niveaux, devrait être une force politique qui insuffle le développement de la RDC. Cependant, cet analyste constate que le FCC, une année après cette alternance démocratique, n’œuvre pas dans le sens du développement de la RDC. Au point qu’il se demande quel est exactement la vision politique de cette famille politique du président honoraire Joseph Kabila d’autant que les animateurs du FCC ne font pratiquement rien tant au plan national que dans les provinces qu’ils dirigent.

« 2019 est une année perdue mais pas gâchée. On a beaucoup de leçons à tirer de cette première année post électorale. On a vu le FCCgagner l’Exécutif dans toutes les provinces. Mais sur le plan économique, on se demande pourquoi ils ont gagné. Quand on regarde l’état de toutes les provinces, on se demande pourquoi le FCC a voulu conserver le pouvoir. Quel est le plan du FCC sur le plan économique et politique ?

Le FCC a certes gagné les élections législatives nationales, provinciales, sénatoriales et même dans les gouvernorats, mais on se demande s’ils ont réellement une vision pour ce pays.

Est-ce que le FCC a conquit le pouvoir juste pour le pouvoir ou ils ont un plan pour imposer leur idéologie ou leur programme social ou économique. Une année après l’alternance démocratique, on constate qu’on est à la case départ. Le FCC a l’Exécutif national, les exécutifs provinciaux et même le pouvoir judiciaire puisque tous ceux qui y exercent ont été nommés par l’ancien régime. On conquiert le pouvoir pour imposer son plan socioéconomique. Malheureusement, pendant les élections, on n’a pas demandé au FCC quel est son plan socio-économique. Mais, on avait espoir qu’on verrait ce qu’ils ont préparé. On est en janvier 2020, mais on ne voit rien de ce que le FCC fait de tout le pouvoir qu’il a gagné. Sur le plan politique, ils sont plus dans le populisme.

Sur le problème de l’insécurité dans l’Est, on n’a aucune lisibilité de ce que veut exactement le FCC. A Kinshasa, le FCC a le gouvernorat mais ni l’urbanisation, ni l’assainissement, on ne voit aucun plan urbain pour améliorer les conditions de vie des populations dans la capitale. Même pour le chômage, le FCC a tous les mécanismes pour développer le programme économique, mais on ne voit rien venir.

Le FCC contrôle toutes les entreprises publiques. Que fait le FCC avec tous les pouvoirs dont il dispose ? C’est la grande question qu’on se pose », a confié le professeur Jo Sekimonyo au quotidien Le Potentiel. De son avis, « le FCC doit penser son idéologie politique ». « Aujourd’hui, ils sont plus dans le populisme. Cette plateforme politique devrait nous présenter des thématiques plus matures qui tendent au développement de la RDC et à la consolidation des acquis de la démocratie. On sait par exemple, s’il y a des grèves ici et là c’est à cause du faible revenu des Congolais. Si la RDC ne peut pas contracter plus de dettes à l’international c’est parce que le revenu par habitant est faible. Les autres pays comme les USA ou la France, ils peuvent accroitre leur dette simplement parce que le revenu des habitants est élevé.

Tout aussi, quel est le plan du FCC pour réformer notre système d’éducation ? Aujourd’hui, le système éducatif doit produire des individus qui ont une certaine expertise. Ce qui n’est pas le cas présentement. L’Université doit produire des expertises susceptibles de produire des solutions aux problèmes socio-économiques et même politique du pays. Aujourd’hui, le système éducatif doit être réformé. Et le FCC, en tant que plateforme politique majoritaire, devrait insuffler sur tous les grands débats : le SMIG, l’accès au crédit, la réforme de la justice. Le FCC doit prouver qu’il a assez de maturité pour engager le pays dans les grands débats tant au niveau national que provincial », soutient ce jeune professeur qui évolue aux États-Unis d’Amérique. Il estime que le rôle de l’autorité morale du FCC devrait être d’insuffler à cette dernière ce que doit être sa responsabilité en tant que plateforme politique majoritaire dans les institutions publiques.

« Joseph Kabila, en tant qu’autorité morale, devrait quitter lemilieu politique. Sur le plan politique, il doit avoir compris que son héritage ne s’est pas arrêté avec la fin de son mandat présidentiel. Il est toujours là dans le microcosme politique. Il manœuvre même le système politique à travers ses gens qui sont dans les institutions. Comme Joseph Kabila avait dit qu’il n’avait pas 15 personnes pour diriger le Congo, il doit maintenant aider les institutions à changer les Congolais. Mais on ne change pas un individu, il faut plutôt changer son environnement. Joseph Kabila doit aller au-delà de la politique. Il doit s’investir pour pousser le FCC à la maturité sur le plan économique et social ».

Nyota KASUKU

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