AUBREY HOOKS, ANCIEN AMBASSADEUR AMÉRICAIN EN RDC , AVAIT DÉJÀ PARLÉ DE LA CRISE IDENTITAIRE DE JOSEPH KABILA .

AUBREY HOOKS:
J’ai rencontré Joseph Kabila pour la première fois le 18 juin 1997 lorsque j’ai été évacué de Brazzaville. Pendant ce temps, il était responsable de la sécurité à l’aéroport. Nous avons été retenus sur le tarmac pendant 45 minutes à une heure.

Je pense avoir rapporté lors de la session précédente que nous avions six Marines (Militaires américains) qui portaient des gilets pare-balles. Les Congolais de Kinshasa étaient tellement paranoïaques sous Kabila Senior (Mzée Laurent D. Kabila) que voir des étrangers en gilets pare-balles sur le tarmac de l’aéroport de Ndjili à Kinshasa a semé la panique, et
ils ont fait venir un camion de militaires armés jusqu’aux dents et les ont garés à côté, même si l’ambassade à Kinshasa avait expliqué qui nous étions, pourquoi nous venions là-bas et ce que nous faisions. D’une manière ou d’une autre, le message n’était pas passé à travers le système. Les communications étaient de toute évidence médiocres.

Après 45 minutes environ, j’ai été invité à voir le commandant Joseph . Le commandant Joseph était un jeune homme en uniforme militaire, je pris le RSO (Regional Security Officer) de notre ambassade de Kinshasa avec moi et nous avons rencontré le commandant Joseph dans le Salon VIP. Certains soldats lui ont parlé en swahili puis ils sont partis, et nous n’étions plus qu’à trois dans le salon, et Il m’a dit très calmement en anglais: « Qui êtes-vous? » J’ai expliqué qui j’étais et pourquoi nous étions là et il a dit: « Qui sont les militaires qui sont avec vous? » Je lui ai expliqué qui étaient ces Marines et pourquoi ils étaient là et pourquoi ils étaient en uniforme.Eh bien, il n’y a pas de problème , ces militaires pourraient-ils enlever leurs uniformes ?,m’a-t-il demandé. J’ai dit: «Le problème est qu’ils n’ont pas d’autres vêtements. Nous venons d’être évacués. Ils n’ont rien d’autre que ce qui est sur leur dos et quand nous arriverons à l’ambassade , ils vont probablement emprunter des vêtements civils d’autres Marines là-bas, mais ils n’ont pas d’autre vêtements à ce stade.  » « Pourraient-ils enlever leurs gilets pare-balles? » Il a demandé. J’ai répondu: «Ils
pourront enlever leurs gilet pare-balles si c’est ça le problème et porter des t-shirts.  » . Au fait, quand je lui ai proposé de parler français, Joseph m’a dit qu’il ne parlait pas
Français.

Lorsque je suis rentré à Kinshasa en 2001, quatre ans après cet incident, pendant la cérémonie de présentation des mes lettres de créance , le président Kabila et moi-même avions évoqué cet incident lors de notre première rencontre et ce là nous a permis de commencer notre conversation sur une bonne note.

Je pense que nous avons eu une très bonne relation pendant les trois ans que j’étais là.

Joseph est un gars très intéressant. Il était assez intelligent pour ne pas se débarrasser de tous les vieux (compagnons de Mzée Laurent Kabila ) tout de suite, bien qu’il se soit débarrassé de certains d’entre eux assez rapidement. Il en a gardé quelques-uns.

Il était en train d’essayer d’établir sa propre autorité mais le faisant lentement et politiquement. Il ne savait pas quelles étaient les limites de son propre pouvoir à cette époque. Il savait qu’il avait l’armée avec lui; il
avait été chef d’état major. Il savait que l’armée elle-même était pratiquement inexistante en tant que
organisation. C’était dans l’ensemble une coquille vide, . Il était très incertain de son propre pouvoir,et il essayait de s’établir.

Kabila a également été confronté à la question de sa propre identité, était il vraiment congolais. Était-il vraiment le fils de Kabila Senior (Mzée Kabila), une question que l’on se pose souvent aussi dans les rues. Était-il vraiment congolais? C’était un enfant qui était comme un poisson en dehors de l’eau à certains égards. Il était très calme, très réservé. Comme je l’ai discuté avec son plus proche conseiller, Katumba, quel que soit son passeport, quelle que soit sa filiation biologique
il n’était pas congolais de culture.

Ce n’était pas surprenant. Il a grandi à Dar es
Salam. Il était tanzanien de culture et tanzanien de langue, c’est-à-dire en swahili.
Son swahili était le pur swahili de Tanzanie, pas le swahili du sud du Congo. Comme je l’ai dit plus tôt, quand je l’ai rencontré la première fois à l’aéroport de Ndjili (18 Juin 1997), il ne parlait pas du tout
Français .

EXTRAIT D’UNE INTERVIEW. 05/09/2009

PAR :CHARLES STUART KENNEDY

  • MR. AUBREY HOOKS FUT AMBASSADEUR DES USA AU CONGO BRAZZA,EN COTE D’IVOIRE ,AU ZIMBABWE ET EN RDC (2001-2004).

ANGLO CONGO.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Share via