DÉTENTION SECRÈTE DE LAURENT KABILA, FILS BIOLOGIQUE DE MZEE LAURENT-DESIRÉ KABILA, PAR L’ANR À KINSHASA : TÉMOIGNAGE DE MARCELIN CIKWANINE ,UN EX-CODETENU

Lorsque la filiation paternelle dans la famille de Mzee Kabila devient un crime d’Etat

En ce mois mémorable d’avril 2016 j’ai promis de partager avec mes compatriotes mes tristes souvenirs de ma détention secrète en 2012 au QG de l’ANR, police politique de Kabila, à Kinshasa. Il se trouve que parmi mes souvenirs les plus vivants il y a la détention d’un fils biologique de Mzee Kabila qui fut mon codétenu, partageant ensemble la même cellule, la même assiette, le même savon dans une proximité et intimité les plus absolues entre deux détenus politiques parmi tant d’autres. Ce qui faisait de lui un détenu spécial, c’est le fait qu’il soit fils biologique d’un ex-président de la RDC en même temps un de deux héros nationaux, mais aussi et surtout, il est le petit-frère consanguin du président actuel de la RDC, à savoir Joseph Kabila.

C’est un statut spécial par rapport à nous autres issus des familles ordinaires, des familles sans nom. Néanmoins, le paradoxe est qu’il était le plus misérable de nous tous car sans notre assistance il n’aurait pas survécu dans cette prison personnelle de son grand-frère ,le Président. Pour sa survie en détention, c’était nous, moi et certains de mes codétenus, qui l’avions pris en charge totalement durant plus de six mois. Le peu que nous-nous procurions clandestinement et moyennant une somme d’argent que nos familles envoyaient à nos gardiens nous le partagions ensemble avec ce fils appartenant à la famille régnante et la plus puissante en RDC.

Il était spécial aussi par rapport à une raison particulière de détention. Si nous autres étions accusés de vouloir renverser le régime, lui, il était arrêté en réalité à cause de son identité, et le reste n’a été qu’un alibi pour écarter un fils de trop . Son seul crime, c’était d’être le fils de Mzee Kabila, je dirais le « vrai » fils car, il parait, il y en a aussi des « faux ». L’histoire de cet enfant, que je partage avec vous, est émouvante à telle point que sa détention à l’ANR avait fait couler les larmes à plusieurs personnes, y compris certaines autorités de l’ANR qui le détenaient contre leur propre volonté. Moi-même je n’arrivais pas quelques fois à retenir mes larmes, lorsqu’en aucun jour de ma persécution je n’avais pleuré sur mon sort.

L’histoire remonte aux années 1980 dans le territoire de Fizi au Sud-Kivu où Mzee Kabila était au maquis pour combattre le régime de Mobutu en plus de ses activités de trafic d’or. Il se serait rencontré avec une femme ‘muzimba’, l’une des tribus du Maniema, vers les carrières minières de Misisi. Avec la femme il avait donné naissance , probablement entre 1983 et 1986, à un enfant que Mzee Kabila appela « Laurent », l’un de ses prénoms, parce qu’il se trouve qu’il venait de donner naissance à sa véritable « copie conforme à l’originale» ,comme on dit en swahili : « Anajizala yeye mwenyewe », tellement l’enfant, à sa naissance comme à son âge adulte est une réincarnation physique de Mzee Kabila.

Mzee, en «pigeon voyageur» et comme il fouillait les forces de sécurité de Mobutu, quitta la forêt de Misisi pour n’y est plus revenir laissant la femme avec son bébé comme il en avait l’habitude… Quelques mois après , la mère de l’enfant rendra l’âme laissant un nourrisson de 6 à 8 mois. La famille de la femme prendra alors l’enfant qui fut élevé par ses grands-parents et sa tente maternelle, la petite sœur de sa mère que l’enfant croyait être sa véritable mère jusqu’à l’âge adulte.

L’enfant fut élevé dans la pire discrétion dans les forêts du Sud-Kivu car non seulement il fallait le protéger de l’armée zaïroise mais aussi avec la prise du pouvoir par l’AFDL en 1996 sa famille craignait que les forces rebelles rwandaises et les groupes armés qui contrôlaient toute la région puissent démasquer l’existence du fils de celui qui était devenu Président de la république sous la bénédiction du Rwanda ennemi. Au pouvoir Mzee n’avait pas eu suffisamment de temps pour rassembler ses enfants, qu’on estime aujourd’hui à une trentaine, jusqu’à ce qu’il soit sauvagement assassiné en 2001. Mais aussi il est connu être ce genre de père qui laissait les « semences » partout sans se préoccuper de la suite tel est l’une des façades de la vie d’un révolutionnaire maquisard.

La mère étant morte quand l’enfant était âgé d’environ six mois , le papa aussi venait de mourir comme un chien, abattu dans son bureau, l’enfant était devenu doublement orphelin des parents qu’il n’avait jamais connu. Les seules images de ses parents qu’il avait dans sa tête ce sont les photos que ses grands-parents lui avaient conservé jalousement. Il y avait deux photos, sur la première, sa mère en ceinte posant avec le père de l’enfant, Mzée Kabila. Sur une autre photo, c’était tous les trois qui posent, le bébé entre les mains de Mzee , sa «femme» à coté.

C’est à l’âge adulte que les grands parents décident de montrer ces photos au jeune Laurent et lui expliquer toute l’histoire. Mais dans le village, beaucoup des personnes savaient l’histoire de l’enfant et aimaient l’appeler souvent «KABILA», ce qui déplaisait gravement à grands-parents, frères et sœurs de sa défunte mère. Les gents du village lui amené discrètement dans deux autres villages pour lui montrer deux autres filles de Mzee. Laurent Kabila m’avait lui-même témoigné qu’il avait vu deux de ses sœurs que Mzee avait eu avec deux différentes femmes. Toutes ses sœurs étaient déjà mariées et avaient des enfants. L’une d’elles ressemblerait textuellement Laurent, selon son témoignage. Le jeune Kabila était déjà envahi par le goût de la recherche de ses origines.

C’est ainsi qu’il se décida, après avoir recueilli plusieurs informations de se lancer à la recherche de la famille de son père. Il prit avec lui l’une des photos de ses parents. Première étape de son aventure, Kalemie, chef lieu du district de Tanganyika d’où Mzee Kabila est originaire, là nous sommes en 2009. Il y fut logé dans une famille d’accueil d’un pasteur d’une église de réveille de la place, lequel homme de Dieu était une connaissance de la tente maternelle de Laurent Kabila. A son passage dans les rues de la ville de Kalemie tout le monde retournait le dos pour regarder l’enfant tellement il ressemblait trop fort à Kabila, le fils du terroir qui venait de réapparaître en incarnation physique.

Aux premiers contacts avec la famille de son père ce pasteur l’amène chez un membre de la famille de Mzee Kabila qui vit à Kalemie appelé « Mzee Kibawo ». En voyant Laurent, ce frère de Désiré Kabila n’aura pas eu un seul mot à dire à part d’exprimer ses retrouvailles par les larmes. Il commença à caresser affectueusement le visage, les mains, les pieds de l’enfant les larmes aux yeux. Aussitôt le vieux se mis à téléphoner les membres de la famille Kabila se trouvant à Lubumbashi et à l’extérieur du pays pour les informer de la découverte d’un autre fils de Mzee.

Le chef de district de Tanganyika, en poste à Kalemie, plusieurs autres autorités ainsi que le commandant de la police du district furent aussi mis au courant de cette nouvelle. Lorsque Janet Kabila, sœur jumelle du président, débarqua à Kalemie pour sa compagne électorale accompagnée du chef de la maison civile du chef de l’Etat, Theodore Mugalu, c’est le commandant de la police du district qui avait en personne présenté le fils Laurent Kabila à Janet Kabila. L’enfant fut accueilli, dans l’enceinte de la résidence de sa sœur par l’ambassadeur Mugalu qui le fut , au préalable, soumis à un interrogatoire sous camera.

On l’avait même enlevé les habits pour filmer son corps, de quoi vérifier ses traits corporels. Pendant ce temps tout le monde, gardes du corps et staff, murmurait en disant que s’était l’incarnation de Mzee. Le filmage se passait à la vue de la sœur jumelle de Joseph Kabila que l’enfant, selon son témoignage, avait aperçu dans une pièce en face entrain d’observer discrètement à travers la fenêtre. On dirait qu’elle ne voulait même pas se rapprocher de l’enfant et que cette vidéo lui était destinée ainsi qu’à son frère Président. Aussitôt terminer l’ambassadeur Mugalu entra dans la pièce où se trouvait Janet. Au retour , l’ordre fut donner d’isoler l’enfant pour l’arrêter. C’est au même commandant qui était venu présenter l’enfant qu’on donnant l’ordre de le jeter en prison.

Après 48 heurs de détention le fils de Mzee fut remis au parquet de Kalemie avec une injonction de le mettre en prison pour « usurpation d’identité ». Il ne s’agissait nullement d’organiser un procès à ce sujet mais de garder éternellement un fils de Mzee en prison pour le faire disparaitre du public. Heureusement ,le procureur du parquet de Kalemie, en homme reconnaissant envers Mzee Kabila, se refusa de cautionner un tel complot contre quelqu’un qu’il considérait comme le vrai fils de Mzee. Aussitôt arrivé au parquet ce magistrat « katangais » décida de relâcher le fils Kabila en lui remettant, aussi, sa carte d’électeur enregistrée sous ses identités Mzeeistes. Cette carte lui avait était saisie depuis la résidence de Janet et était envoyée au parquet comme une « pièce de conviction ».

Apres avoir passé quelques semaines chez son oncle paternel Kibawo ,l’enfant se décida de retourner vivre chez le pasteur. L’ enfant se sentait déjà menacer et cherchait l’aide pour fuir car, me disait-il, on l’avait mis en contact avec un autre fils de Mzee en exile et que ce dernier lui aurait promis de l’aider à quitter le pays. Chez le pasteur, pour sa survie, le jeune garçon s’occupait des travaux champêtres car, comme il aimait le revendiquer, il était «mulimayi» (cultivateur).

Le pasteur lui avait confié certains lopins de terres dans les faubourgs de Kalemie où il cultivait les ognons et autres, de quoi lui permettre d’avoir un peu d’argent pour répondre à ses petits besoins. Tout le monde à Kalemie voyait le fils de Mzee chaque matin traverser les quartiers de la cité , avec sa houe, pour aller entretenir son champ. C’est devenu même un sujet de polémique dans toute la cité car les gents n’imaginaient pas un tel scenario. Voire un fils de Mzee Kabila labourer un petit champ pour sa survie, c’était scandaleux quand on sait que c’est en plus son frère qui est Président de la république.

Voyant que le complot de faire coincer l’enfant par la voie du parquet avait échoué suite à la résistance du procureur , c’est Maman Sifa, la mère du président Kabila en personne, qui entre en jeu pour faire disparaitre Laurent Kabila, l’enfant de son défunt époux. Elle aurait confiée la mission au commandant militaire (brigade) du district, un Colonel de l’armée qui serait en même temps membre de la famille de Sifa et/ou du même village selon le témoignage.

Le colonel avait alors envoyé un escadron pendant la nuit pour Kidnapper le fils Kabila. À leur arrivé chez le pasteur ils défoncèrent, au milieu de la nuit, la porte du «studio»(chambrette) où dormaient Laurent Kabila et un autre membre fidèle de l’église. Les deux furent enlevés et tout ce qu’il y avait fut emporté. C’est là que la photo des parents de Laurent, Mzee kabila aux côtés de sa mère en ceinte, fut amenée. L’autre personne, connu sous le nom de «YAYA», se trouvait seulement au mauvais endroit, au mauvais moment et avec une «mauvaise personne», le fils de Mzee qu’on voulait faire disparaitre.

Tous les deux furent ligotés, mis dans les sacs à linge, et transporter comme des colis jusqu’à la résidence du colonel où ils furent séquestrés, dans une fosse non aménagée étant toujours ligoté. Ils y trouvèrent une autre personne, connu sous le nom de «Docta Bobo» car ce dernière avait un dispensaire connu à Kalemie. Laurent Kabila et Docta Bobo se fréquentaient, une relation entre un jeune garçon et un homme qui connaissait, depuis le Sud-Kivu, toute la famille de la défunte mère de Laurent.

C’était vers 2 heures du matin que les gardes du colonel, parmi lesquels certains « bembes », pris de compassion envers le fils de Mzee, le furent sorti de la fosse pour lui donner à manger tout en le signifiant qu’ils désapprouvaient totalement ce que leur commandant faisait mais, hélas, c’est un « service commandé ». Il y eu même des discussions entre les gardes car ce miliaire bembe proposait à ses compagnons de faire évader les détenus.

Le lendemain, un Jet privé fut dépêché à Kalemie et ces trois « colis » étaient transférés à Lubumbashi où ils étaient mis dans le cachot de l’ANR. Dans ce cachot Laurent trouva un homme, détenu, qui s’était présenté comme mari de l’une des filles de Mzee. Aussitôt sorti c’est cet homme qui avait informé les membres de la famille de Mzee de la situation de detention de cet enfant. Deux jours plus tard les visiteurs familiaux commençaient à arriver, ce qui avait fait que les conditions de détention de l’enfant soient améliorées par les autorités de l’ANR/Lubumbashi.

Tout ce qu’on lui avait dit à ce niveau est qu’il allait être transféré à Kinshasa pour « rencontrer son grand frère », qu’il appelait affectueusement « Kaka », grand frère en swahili. Le fils s’était accroché à cette annonce. Arriver à Kinshasa alors qu’il s’attendait à être conduit au palais présidentiel pour y rencontrer son grand- frère il fut brutalement jeté dans le « cachot présidentiel » de l’ANR, connu sous le nom de « 3Z », où il m’avait rencontré. Je me souviens qu’à son arrivée c’était l’alerte général car tout ANR avait bougée. Tout le monde, détenus, policiers, agents et autorités, se bousculait pour voir ne fus-ce que le visage du fils de Mzee, frère du président et écouter la voix , une autre marque de l’ADN des véritables enfants de Mzee. Il était assis sous un manguier devant la cuisine, en attendant qu’on aménage une place de choix pour lui. Ce sont les gardiens qui nous a avaient annoncé la nouvelle, disant qu’un fils de Mzee venait d’arriver, la « copie conforme à l’originale », nous disait, Mr Selemani, un agent de l’ANR.

En honneur à l’enfant de Mzee Kabila et frère du Président de la république, le directeur SAFARI, en charge de détention, s’empressa d’évacuer les détenus qui étaient dans la cellule, dit, « VIP » pour la laisser au fils de l’héros nationale en plus de quelques personnes. Ses deux compagnons, eux, nous avaient rejoint dans la plus sombre, la plus pire des cellules ce ces tristes demeures, appelée « Guantánamo ». Là, nous étions une dizaine des personnes dans une petite cellule de 2 sur 3 mètres sans aération suffisante avec une porte blindée.

Dans son imaginaire ,ce directeur croyait que le jeune garçon était un détenu spécial qui méritait un traitement spécial alors que dans la tête de Joseph Kabila et de sa mère Sifa ainsi que sa sœur Janet, et probablement, le frère Zoé, il se passait autre chose. Pour eux, il était un enfant de trop qui méritait de disparaitre et/ou d’être persécuté. Presque tout seul dans sa cellule, avec un matelas et un ventilateur lorsque tous les détenus étaient en enfer, ce fils Kabila pouvait se permettre tout espoir, surtout le rêve de voir, comme annoncé à Lubumbashi ,Joseph Kabila, serrer affectueusement sa main et surtout être intégré dans la famille. Cette détention, n’était qu’une petite vérification de routine, lui disait-on. Cette hypothèse avait crée dans cet enfant une attitude d’orgueil…

Un paysan qui a grandi dans la forêt avec l’eau de la source, tout d’un coup refuse de boire même l’eau de robinet de Kinshasa estimant que c’est trop sale pour lui, ce n’était plus de son niveau et sans tarder il se voit ravitailler régulièrement en eau minéralogique, lait… Durant ces quelques deux semaines il s’était érigé en défenseur principale du régime face aux prisonniers politiques que nous étions, tonnant sur tout le monde qui osait parler mal de son frère, « Kaka ». Se nourrissant d’énormes illusions, oubliant son histoire et son triste parcours qui l’a conduit jusqu’au « trou », le fils Kabila n’avait pas encore vécu la vrai face du Raïs, «Joka» !

Je me souviens le moment où il avait eu des sérieux disputes avec mon camarade de lutte, «Maître» Tity Lontulu, ex- SG de l’Armée de Résistance Populaire ,cher au Général Munene , tout simplement parce que, Tity, avait critiqué la gestion calamiteuse de Joseph Kabila. Nous tous, opposants au régime, étions au départ traités par ce fils Kabila des «bandits », de «jaloux» de leur famille, d’«ennemis» qui veulent déstabiliser son frère, leur famille. Il disait souvent en swahili, « Nyie bote muko ba adui yangu juu muko napiganisha Kaka ». ! Seulement à cause de cette attitude vis-à-vis de ses codétenus j’avais compris qu’il était tombe dans l’inconscience de sa situation . Vu qu’il était analphabète, grandi dans une forêt aussi profonde, personnellement, je ne lui en voulais pas étant, en plus convaincu qu’il sera désillusionné sous peu de temps.

Il a fallut que quelques semaines pour que ses rêves puissent s’envoler et prendre conscience qu’il n’était pas toujours le bien venu chez Kabila. Apres un peu de temps il n’avait plus droit à l’eau minéralogique, ni au petit déjeuné doré, ni au savon de toilette et de lessive, ni à l’accès libre à l’aire, ce que nous appelions « mupepe » c’est- à-dire, rester pendant la journée en dehors du cachot. Il n’était même plus digne d’occuper une cellule désengorgée moins encore de dormir sur un matelas et d’avoir un ventilateur.

On dirait qu’un consigne venant d’en haut était tombé pour rendre extrêmement dures ses conditions de détention, car désormais il ne devrait en aucune manière jouir des privilèges de la famille présidentielle. C’est ainsi qu’il avait été transféré dans une cellule collective, appelée « Cafétéria » où j’étais déjà transféré quelques jours avant pour m’éloigner du gros des détenus qu’on m’accusait d’endoctriner et de pousser à la révolte face aux mauvaises conditions de détention. Tout bruit devrait être évité car le cachot est situé dans un milieu stratégique : à côté de la primature, palais de la nation et le ministère de l’intérieur duquel l’ANR dépend sur le plan administratif. On m’éloigne des uns et on m’approche du fils de Mzee Kabila, belle occasion pour savoir plus sur lui et le conscientiser dans la mesure du possible.

Désillusionné, le fils persécuté de Kabila s’était rapproché de moi, me confiant petit-à-petit ses confidences… Dans toute discrétion et par la corruption des agents et policiers qui sécurisaient les installations de l’ANR nous avions alors fait entrer un téléphone avec une carte mémoire pour entre autres enregistrer, en audio et en vidéo, le témoignage de ce fils de Mzee Kabila. C’était extrêmement risqué mais je tenais à le faire pour alerter l’opinion ,entre autres, sur son cas et prévenir toute éventuelle disparition .

Depuis la cellule nous avions déjà alerté plusieurs organisations, dont ASADHO, de ce cas. Mais il se peut que l’ONG avait jugée bon, pour ne pas se mettre le régime derrière le dos à cause d’un dossier aussi sensible, d’omettre le nom de ce fils de Kabila dans un communiqué public du 12 novembre 2012 dans lequel l’ASDHO avait dénoncé notre détention secrète et exiger au président de la république notre libération d’une manière générale mais seulement quelques noms étaient repris dans le communiqué .

Ce qui nous avait tous étonné était la cabale montée de toutes pièces pour maquiller la détention d’un fils indésirable de Mzee Kabila. Après avoir passé plus de trois mois au cachot sans être interrogé, Laurent et ses deux compagnons furent soumis à l’interrogatoire. L’ANR avait tenté alors de l’accuser d’avoir été en connivence avec Yakutumba, un chef résistant mai-mai oeuvrant à Fizi, pour attaquer et prendre contrôle de la ville de Kalemie. On lui reprochait de se laisser utiliser par les rebelles pour combattre le régime en exploitant son lien identitaire.

Ne croyant pas à ces accusations les autorités de l’ANR elles-mêmes auraient avouées qu’elles n’avaient rien à reprocher à ce fils Kabila. C’est alors qu’on comprendra pourquoi ces deux personnes étaient associées à Laurent Kabila. L’objectif était de créer un dossier qui puisse justifier son emprisonnement. Mais hélas, même les autorités de l’ANR n’étaient d’accord avec Maman SIFA, la mère du président, qui serait à l’origine de ce complot.

Selon les informations récoltées, c’est Maman SIFA qui aurait directement donné les injonctions au chef du département intérieur de l’ANR, Jules Katumbwe, de détenir l’enfant de son défunt mari. Jules Katumbwe, parlant au téléphone en Swahili dans son bureau en présence de Laurent Kabila, disait :

« Il y a des choses que nous faisons mais l’histoire va nous rattraper. Je veux qu’on me dise si je travail pour l’Etat ou pour la famille, pour qu’on m’implique dans les histoires de la famille alors que nous savons tous où est la vérité. Moi, je suis fatigué de garder cet enfant ici pour rien ».

Il ajouta, selon Laurent, « Dit leur qu’on vienne le prendre pour régler les choses en famille car moi je suis occupé avec la sécurité du pays ».

À deux reprises cette autorité de l’ANR aurait «pleuré» devant Laurent Kabila. Il lui aurait répété plusieurs fois qu’il n’était pas responsable de son arrestation, et qu’il regrettait beaucoup que ça soit par lui qu’on était entrain de persécuter ainsi le fils de quelqu’un à qui ils devaient tout leur pouvoir.

On a vécu des choses inimaginables avec cet enfant de Mzee… À un certain moment nous avions faillit mourir de faim dans notre cellule, ce qui avait poussait Laurent Kabila à se révolter. Il était devenu trop violent, et avec sa forces physique il était souvent difficile aux agents et policiers de le maitriser.

Un jour, accusé de déranger beaucoup, il était torturé sous les « ordres de la hiérarchie » et le lendemain, ce fut un grand problème. Car certains agents katangais mécontents avaient contactés les membres de la famille de Mzee à Lubumbashi pour les informer du mauvais traitement qu’on infligeait à leur fils. La famille avait, à son tour, vivement protesté au prés des autorités de l’ANR, c’est ainsi qu’une délégation était venue le voir le matin pour constater les signes des tortures et établir les responsabilités. Un directeur de l’ANR avait agressé verbalement les agents et policiers. Il leur avait dit clairement qu’ils n’avaient à se mêler des «histoires de la famille» de Kabila les menaçant d’aller en prison «à la place de Laurent».

Tout le monde était indigné, trop fâché et certaines langues étaient déliées en public au sujet de l’arrestation de ce jeune :

« Pourquoi arrêter quelqu’un seulement parce qu’il est fils de Mzee ! », l’un d’eux s’exclama. « C’est inacceptable ! », répliqua un autre. « La famille est grande, il ne faut pas opprimer les uns jusqu’à ce niveau ! ».

Pendant que les uns ,en colère, lâchaient des propos révélateurs du profond malaise, d’autres parlaient de ce sujet aux téléphones. Nous autres ,étions dans notre cellule entrain d’observer la scène à travers les grilles des fenêtres, et Laurent Kabila pleurait douloureusement en parlant en swahili en des mots trop forte tels que :

« Qu’est ce que je vous ai fait pour me faire souffrir ainsi… » ; « Est-ce un péché d’être né fils de Mzee ! » ; « Je ne vous demande rien…je ne suis pas politicien pour envier votre pouvoir.. »; « Moi ,je ne sais même pas écrire mon nom parce que j’ai été abandonné dans la foret… je pensais que vous alliez m’aider à m’inscrire à l’école mais vous me jetez dans la prison comme si je gênais votre pouvoir »; « Je suis habitué à la vie de misère ,je suis cultivateur… Relâchez-moi pour que j’aille cultiver mes champs »…

L’enfant s’adressait à son défunt père ainsi :
« Mzee, Mzee Mzee uko wapi » ?(Mzee,Mzee,Mzee, Où es –tu ? ) Ne voyez-vous pas comment tes enfants me font souffrir ? »; « Mzee, mon père, réveil-toi de cette tombe, pourquoi tu m’as laissé ainsi… ».

Il pleurait aussi au nom de sa défunte maman :
« Maman, tu si n’était mort aussitôt je n’allais pas souffrir ainsi. Maintenant je suis orphelin de père et de la mère et je n’ai personne pour m’aider…. Je suis entrain de mourir dans une prison loin de mes grands parents…. »

C’était trop pénible d’assister à cette scène, et que ça soit certains cadres de l’ANR, ceux qui étaient venus regarder cet enfant et nous ses codétenus , c’est fut le moment des grandes émotions. Ce jour, j’avais réalisé à quel point se situait la méchanceté du trio Joseph-Janet-zoe. Pourquoi faire souffrir ainsi un jeune garçon seulement parce qu’il revendique la paternité de Mzee ? Je ne peux pas trouver des mots pour expliquer ce genre d’animosité. Ce garçon constituait quel genre de menace contre le pouvoir, ou la personne de Kabila et sa famille proche ? Quand je parlais avec lui, son seul souci était d’étudier.

Qu’est ce qui aurait coûté à un Président de la république de scolariser son frère, fils de son papa. Un jour, les autorités de l’ANR étaient venues demander à Laurent qu’est ce qu’il voulait qu’on fasse pour lui. Un liste de ses besoins et désirs était établie. La première chose qu’il avait réclamé c’était les études et des petites choses comme les habits, le Smartphone… Bref, presque des choses pour enfants. Si on ne voulait pas le voir autour de la fa famille spéciale pourquoi pas ne pas l’envoyer même à l’étranger, à l’extrémité du monde, pour étudier ? Difficile d’expliquer cette attitude !

L’histoire de l’humanité est pleine des évènements de la haine entre demi-frères mais l’attitude de ce trio vis-à-vis des autres enfants de Mzee Kabila fait parfois réfléchir. Ça pourrait même amener à se questionner sur la certitude de la filiation de certains enfants à Mzee Kabila. Ce que j’ai vécu avec ce garçon m’a fait, pour la première fois ,réfléchir sur cette question moi qui n’accepte jamais qu’on dise que Joseph Kabila n’est pas le fils biologique de Mzee.

Nombreux sont les enfants de Mzee Kabila qui ont été contraint de fuir le pays pour s’exiler ailleurs, d’autres vivent en toute clandestinité au Congo, d’autres vivent librement mais dans la misère indescriptible. Un des enfants a même été tué avec le soupçon d’ une main invisible de la « famille au pouvoir » de la même manière que l’ombre de cette main plane toujours sur la mort de Mzee Kabila. À partir de tout ça, et ayant moi-même vécu l’animosité de Joseph Kabila envers ce fils Kabila je m’étais dit qu’une personne avec un cœur ne pouvait jamais afficher une telle animosité à des dizaines des consanguins.

Vu tout ce comportement certains personnes n’auraient pas tord de dire qu’il n’y a aucun lien de sang entre Joseph Kabila et le reste de ces enfants opprimés. Parmi tous les enfants de Mzee ,ceux reconnus et ceux non reconnus, il y a certainement des usurpateurs. Ça reste maintenant à identifier les « faux » et « les vrais ». Chose facile à faire car par un simple teste d’ADN la confusion peut-être levée or le Président Kabila ,ses frères et sœurs proches ont toujours refusés de procéder au teste ADN que d’autres enfants de Mzee ne cessent de réclamer.

Lorsqu’une personne se présente et dit qu’il est l’enfant de Mzee, avec des traits physiques similaires a ces de Mzee, qu’est ce qui empêche à ce qu’on le fasse tester pour exclure le moindre doute ? Pourquoi entretenir une telle confusion sur la famille de Mzee, un héros national, dont le pays a besoin de connaître sa progéniture ? Ça va même dans l’intérêt de Joseph Kabila lui-même, car un simple teste mettrait fin aux rumeurs de plus en plus grandissantes sur la sa non filiation à Mzee Kabila. Tant qu’on ne saura pas la réalité sur la progéniture de Mzee, il y aura toujours des questions dans les têtes des congolais comme celles que j’ai désormais commencé à me poser et je pense que j’ai droit aux réponses car Joseph Kabila est la première personnalité publique de notre pays et son père demeure à jamais un héros national. Il s’agit en quelque sorte une famille patrimoine de l’histoire du Congo.

Seul l’avenir nous donnera peut-être des réponses sûres bien que personnellement et contrairement à une certaine opinion j’accorde à Joseph Kabila le « bénéfice du doute » par rapport à cette question de filiation. C’est-à-dire , tant qu’on ne m’aura pas prouvé qu’il ne pas le fils biologique de Mzee Kabila je le considère comme son fils, et donc congolais et personne n’a le droit de le lui refuser. J’ai toujours défendu cette position car je suis convaincu ,sur base des témoignages, traits physiques et la reconnaissance de Mzee de son vivant ,qu’il est irrationnel ,voir haineux dans certains cas, de dire que Kabila est «rwandais». Le plus important est de procéder à l’expertise médicale pour dissiper certains doutes et mettre de l’ordre dans cette famille où frères et sœurs se rejettent avec animosité.

Pour conclure cet article-témoignage, je dois souligner qu’aux dernières nouvelles, l’un de deux compagnons de l’enfant Laurent, à savoir, le Docta Bobo ,était le premier à être libéré. Puis, suite aux pressions des membres de la famille de Mzee Kabila, le fils Laurent était relâché et renvoyé à Lubumbashi pour qu’il rentre à Kalemie. Il était toujours en compagnie de la même personne avec laquelle on l’avait enlevé à Kalemie. À sa libération, on lui aurait remit une somme dérisoire des 5.000 $ en plus de quelques habits et un téléphone, de quoi se demander si c’était sa part d’héritage que Mzee Kabila avait laissé ou de la fortune accumulée par le trio Kabila suite au pouvoir hérité de Mzee Kabila.

Sé Marcelin CIKWANINE

26 Avril 2016

Patriote-résistant
consciencecbm@gmail.com

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