đŸ‡šđŸ‡©RDC: La mort de Laurent DĂ©sirĂ© Kabila: Georges Mirindi livre « sa part de vĂ©ritĂ© »

Membre de la garde rapprochĂ©e du prĂ©sident Laurent-DĂ©sirĂ© Kabila, le lieutenant Georges Mirindi a attendu la fin du dernier du mandat de « Joseph Kabila » pour publier sa version des faits sous la forme d’un ouvrage de 632 pages, aux Ă©ditions VĂ©rone. « Mzee n’a pas Ă©tĂ© tuĂ© ou assassinĂ© de la maniĂšre dont on nous raconte », note-t-il en liminaire. Selon lui, le corps du prĂ©sident Laurent-DĂ©sirĂ© Kabila Ă©tait sans vie bien avant les impacts de balles constatĂ©s sur la dĂ©pouille. Pour Mirindi, les « puissants » de l’époque avaient montĂ© une « mise en scĂšne » pour « camoufler » un coup d’Etat de palais. D’aprĂšs lui, l’assassin prĂ©sumĂ© de LD Kabila ne s’appelle nullement Rachidi Kasereka mais bien Rachid Muzele Mweze dont s’empresse de disculper. Il accuse les personnalitĂ©s ci-aprĂšs d’ĂȘtre les dĂ©positaires du « grand secret »: « Joseph Kabila », Augustin Katumba Mwanke (alors gouverneur du Katanga), Jeannot Mwenze Kongolo, Emile Mota, (le tĂ©moin oculaire) et Eddy Kapend Irung, aide de camp de Mzee. Auteur du documentaire « Qui a tuĂ© Laurent-DĂ©sirĂ© Kabila », le rĂ©alisateur Arnaud Zaltman en prend Ă©galement pour son grade. Il lui est reprochĂ© d’avoir relayĂ© la version officielle accusant Mirindi et le Libanais HĂ©ritier Hilal.

RÉSUMÉ DU LIVRE << La mort de Laurent DĂ©sirĂ© Kabila: Ne nie pas c’Ă©tait bien toi>>

Kinshasa. Mardi 16 janvier 2001. Il est midi lorsque des tirs Ă  l’arme automatique retentissent au Palais de marbre qui sert de bureau et de rĂ©sidence officielle au prĂ©sident Laurent-DĂ©sirĂ© Kabila. Celui-ci se prĂ©parait Ă  s’envoler pour YaoundĂ©, au Cameroun, afin de participer au sommet France-Afrique. Membre de la garde rapprochĂ©e du chef de l’Etat congolais, Georges Mirindi Ă©tait rentrĂ© chez lui pour chercher sa valise en prĂ©vision du voyage prĂ©sidentiel.

Agent de sĂ©curitĂ© chargĂ© notamment d’introduire les visiteurs au bureau du PrĂ©sident, Annie Kalumbu entend des dĂ©tonations dans le bureau prĂ©sidentiel. Elle fait irruption. A sa grande surprise, elle trouve le Mzee assis mais immobile. Emile Mota, le « dircaba » chargĂ© des questions Ă©conomiques Ă©tait Ă©galement sur le lieu. L’homme est ceinture noire de karatĂ©.

Le colonel Eddy Kapend
D’aprĂšs Georges Mirindi, « Annie » aurait surpris Mota entrain de « subtiliser » les douilles. Ministre de la SantĂ© au moment des faits, Dr LĂ©onard Mashako Mamba, prĂ©sent au Palais de marbre, constate des impacts de balles sur le corps inanimĂ©. Curieusement, le cadavre ne baigne pas dans une mare de sang.

A l’extĂ©rieur du bĂątiment, un mĂ©lodrame s’y dĂ©roule. Le colonel Eddy Kapend – qui n’est pas censĂ© connaitre la situation exacte du PrĂ©sident – vient de vider le chargeur de son AK 47 sur l’un des gardes du corps de Mzee, accusĂ©, par la clameur, d’ĂȘtre le « tueur ». Selon la version officielle, l’homme s’appelle Rachidi Kasereka Mizele. Mirindi assure que son infortunĂ© collĂšgue s’appelait Rachid Mweze Muzele. Celui-ci est dĂ©crit comme un homme « humble et aimable ».

L’EXÉCUTION DE MASASU

Mirindi est formel: « Le Mzee n’a pas Ă©tĂ© tuĂ© ou assassinĂ© de la maniĂšre dont on nous raconte ». « Beaucoup d’innocents sont morts ou en prison pour rien », ajoute-t-il en soulignant que les « Kadogos », venus avec Mzee depuis le Kivu, ont Ă©tĂ© « faussement accusĂ©s » d’avoir tuĂ© le PrĂ©sident pour « venger » leur « leader bien aimĂ© » Anselme Masasu Nindaga, exĂ©cutĂ© en novembre 2000 au village Kantonia prĂšs de Pweto, au Katanga.

Dans une longue Ă©vocation, Mirindi commence par relater l’ambiance oppressante qui rĂ©gnait Ă  la PrĂ©sidence de la RĂ©publique avant la date fatidique du 16 janvier 2001. Il dĂ©nonce le « clanisme », le « tribalisme » et la « course Ă  l’enrichissement ». « L’entourage de Mzee a commencĂ© Ă  se comporter pire que celui de feu Mobutu », glisse-t-il.

Trois mois aprĂšs la « libĂ©ration » du 17 mai 1997, le Mzee et Anselme Masasu, un des co-fondateurs de l’AFDL (Alliance des forces dĂ©mocratiques pour la libĂ©ration du Congo) sont Ă  couteau tirĂ©. Le second est suspectĂ© de prĂ©parer un putsch. Il est arrĂȘtĂ© et jetĂ© en prison Ă  Buluo, prĂšs de Likasi, « Ă  la grande satisfaction » de « Joseph Kabila » (chef d’état-major des forces terrestres), de GaĂ©tan Kakudji (ministre de l’IntĂ©rieur) et de Jeannot Mwenze Kongolo (ministre de la Justice).

En juillet 1998, le Mzee rompt la « coopĂ©ration militaire » de son pays avec l’Ouganda de Yoweri Kaguta Museveni et le Rwanda de Paul Kagame, ses anciens parrains. DĂšs le 2 aoĂ»t, une nouvelle guerre est lancĂ©e. Une nouvelle « rĂ©bellion congolaise » voit le jour sous la dĂ©nomination de « Rassemblement Congolais pour la dĂ©mocratie ».

LA CHUTE DE PWETO

D’aprĂšs Mirindi, LD Kabila ne pouvait guĂšre compter sur l’armĂ©e congolaise pour dĂ©fendre l’intĂ©gritĂ© du territoire national. Pour l’ancien garde du corps, les troupes impayĂ©es Ă©taient « hautement tribalisĂ©es ». Les gĂ©nĂ©raux, eux, n’avaient la moindre connaissance en doctrine militaire. C’est ainsi que le Mzee ne comptait plus que sur les alliĂ©s zimbabwĂ©ens, angolais et namibiens.

Pour protĂ©ger la ville de Lubumbashi, LD Kabila avait fait dĂ©ployer un vĂ©ritable arsenal Ă  Pweto. La chute de cette localitĂ© en dĂ©cembre 2000 « a provoquĂ© une grande dĂ©bandade au sein de l’armĂ©e mais aussi chez les alliĂ©s ». Chef d’état-major des forces terrestres, « Joseph » a trouvĂ© refuge en Zambie.

Furieux, LD Kabila « avait ordonnĂ© d’identifier et de fusiller » tous les commandants de brigades, bataillons et compagnies et les officiers de leurs Ă©tats-majors ayant fui Ă  Pweto « les accusant de haute trahison ». A en croire Mirindi, des doigts accusateurs Ă©taient pointĂ©s sur le gĂ©nĂ©ral-major « Joseph Kabila ». Tous les commandants l’ont accusĂ© d’ĂȘtre celui qui abandonnait « aux rebelles les villes avec armes et munitions ». Parmi les accusateurs, il y a le gĂ©nĂ©ral Jean-LĂ©on Mabila, commandait des opĂ©rations Ă  Mbandaka. L’officier est mort en dĂ©tention Ă  la prison de Makala sous la PrĂ©sidence de « Joseph ».

« JOSEPH KABILA » SUSPECTE D’INTELLIGENCE AVEC LE RCD

Le général-major « Joseph Kabila »
Selon Mirindi, plusieurs rapports accusateurs abondaient dans le mĂȘme sens. « Le Mzee avait dĂ©cidĂ© de faire fusiller ‘son fils’(Entendez: Joseph) pour haute trahison ». Celui-ci aurait eu la vie sauve grĂące au gouverneur Katumba Mwanke. Des tĂ©moignages recueillis auprĂšs des « rebelles » faits prisonniers confirmaient les soupçons sur « Joseph ». Eddy Kapend Ă©tait Ă©galement dans le collimateur de Mzee pour avoir « dissipĂ© » plusieurs millions en dollars destinĂ©s Ă  l’achat d’armes.

D’aprĂšs Mirindi toujours, le Mzee a, dĂšs ce moment, pris la rĂ©solution de « purger » l’armĂ©e. Il l’aurait confirmĂ© au cours d’une « causerie morale » qu’il a tenue le 28 dĂ©cembre 2000 au camp militaire Kimbembe Ă  Lubumbashi. Pour l’ex-garde du corps, LD Kabila venait de signer son arrĂȘt de mort. « Les concernĂ©s ont agi avant que le PrĂ©sident ne prenne des mesures contre eux ».

Quid des Libanais exĂ©cutĂ©s? Selon la version officielle, les identitĂ©s de ceux-ci auraient Ă©tĂ© trouvĂ©es dans une des poches de « Rachid ». « Faux », rĂ©torque Mirindi qui assure que deux de ces Libanais avaient « dĂ©tournĂ© » des millions de francs congolais expĂ©diĂ©s frauduleusement en zone rebelle afin de les Ă©changer contre la devise amĂ©ricaine. Les deux hommes ayant pĂ©ri sous la torture, il a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ© par le gĂ©nĂ©ral Yav Nawej d’éliminer tout les onze afin de ne pas laisser des tĂ©moins gĂȘnants.

QUI A TUÉ LE MZEE?

Georges Mirindi sera arrĂȘtĂ© ce mĂȘme 16 janvier 2001. TorturĂ© dans le tristement cĂ©lĂšbre immeuble « GLM » (Groupe Litho Moboti), l’ex-garde du corps, qui vit en exil en Europe, se considĂšre comme un « miraculĂ© » pour avoir Ă©chappĂ© Ă  l’exĂ©cution au camp de Kibomango. Et ce en « soudoyant » le bourreau nommĂ© Salumu Mubekwa, alias Sharp Sharp.

Pour lui, les diffĂ©rentes « commissions d’enquĂȘte » mises en place ne cherchaient nullement Ă  faire Ă©clater la vĂ©ritĂ© sur les circonstances exactes de la mort de Mzee. Elles cherchaient, selon lui, Ă  faire triompher la version officielle. Les « suspects » soumis Ă  la torture devaient « avouer » les « faits » relayĂ©s par les mĂ©dias. « Le prĂ©sident LD Kabila n’a sĂ»rement pas Ă©tĂ© assassinĂ© par Rachid, et sĂ»rement pas Ă  l’heure qu’on nous dĂ©crit et incroyablement pas de la façon que les Mota, Eddy Kapend, Mwenze Kongo
 nous dĂ©crivent », Ă©crit-il.

D’aprĂšs Mirindi, Eddy Kapend et « Joseph Kabila » auraient pillĂ© les rĂ©sidences de Mzee respectivement Ă  Kinshasa et Ă  Lubumbashi. Le dĂ©funt y entreposait des cartons de francs congolais, des devises Ă©trangĂšres, de l’or et des diamants. Les deux hommes se seraient chamaillĂ©s lors du partage du butin. Mirindi de marteler: « La vĂ©ritĂ© sur la mort de Mzee Kabila ne se trouve nulle part ailleurs qu’au sein du rĂ©gime qui a pris le pouvoir le 16 janvier 2001 ».

Qui a, finalement, tuĂ© le Mzee LD Kabila? Comme pour y rĂ©pondre, Mirindi dit son « trouble » en apprenant cette dĂ©claration faite le 18 janvier 2001 par le ministre de l’Information d’alors, Dominique Sakombi-Inongo: « Puisque l’assassin a Ă©tĂ© tuĂ© alors, il n’y aura tout simplement pas d’enquĂȘtes ». Le mĂ©ga-procĂšs des « prĂ©sumĂ©s assassins » n’a pas non plus gĂ©nĂ©rĂ© la « lumiĂšre ».

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