Accord secret Kabila-TshisekediKabila : un retour forcé et périlleux

Les tensions politiques observées ce dernier temps au sein de la coalition au pouvoir, c’est simplement la « rançon » de l’accord secret Kabila-Tshisekedi. De la proposition d’une élection présidentielle au suffrage indirect ainsi que de la détermination à imposer le candidat Ronsard Malonda à la tête de la Céni, les bruits interminables à la suite des échecs successifs des FCC dans le domaine de la justice où l’ancien président semble progressivement perdre la main, etc., autant de pièces de puzzle qui se révèlent. L’objectif étant de planifier le retour forcé et pourtant périlleux de l’ancien président en 2023.

Alors que les consultations démarrées depuis le 2 novembre par le chef de l’État tendent à leur fin, les tensions politiques ne cessent de croître au sein de la coalition au pouvoir. Aux nombreuses manifestations des dernières semaines, se sont ajoutées des correspondances diplomatiques interposées de deux camps – le FCC de Joseph Kabila et le CACH de Félix Tshisekedi – qui cherchent, chacun, à s’attirer la sympathie de la Communauté internationale pour la résolution d’un conflit dont le peuple ne comprend que trop bien les contours.

En effet, l’ancien président Joseph Kabila et ses lieutenants accentuent leurs cortèges de protestation contre ce qu’ils considèrent comme une « mise à l’écart du FCC » (Front commun pour le Congo) dans la gestion de la République. En des termes clairs, Joseph Kabila se montre imperturbable. Malgré la tempête qui agite, depuis un temps, le navire FCC- CACH, l’ancien président resserre les rangs de sa famille politique sur fond de menaces de Félix Tshisekedi, son allié de circonstance, qui veut se passer de l’alliance avec le FCC pour créer une nouvelle majorité parlementaire qui sortira de l’Union sacrée de la Nation qu’il compte former à l’issue de consultations qu’il bouclera cette semaine.

Bien avant l’ouverture des consultations présidentielles, dans une déclaration qui a sanctionné sa rencontre avec les cadres du FCC, le 30 octobre 2020, dans sa ferme privée de Kingakati, le sénateur à vie qui a requinqué le moral de ses troupes, à inviter les uns et les autres à ne pas céder face aux « manœuvres de ceux qui veulent déstabiliser le pays ». Ce fut une occasion aussi pour Joseph Kabila de se prononcer sur l’accord signé avec Félix Tshisekedi, et dont il tient mordicus au respect des clauses.

Alors que des proches de Félix Tshisekedi, ainsi que la majorité de personnalités consultées et même certaines chancelleries appellent à la fin de l’alliance de gouvernement entre le CACH et le FCC, Joseph Kabila, lui, rappelle qu’il existe un accord écrit et signé devant témoins. « (…) … Ils oublient qu’entre le Président et nous, il existe un Accord écrit et signé devant des témoins. Et parmi ces témoins, il y a trois États », avait-il martelé, en guise de réponse à ceux qui attendaient sa réaction par rapport à l’initiative prise par le président Tshisekedi après son message à la Nation, le 23 octobre 2020.

Mais derrière ce rappel quasi-permanent de l’existence d’un « accord écrit et signé devant des témoins », se cache une intention mesquine : Joseph Kabila tient à revenir au pouvoir en 2023, tel qu’il serait prescrit par l’accord secret qui le lie à Félix Tshisekedi. C’est cela le nœud de la bataille des coqs à laquelle se livrent à mort ces deux « autorités morales » de la coalition au pouvoir.

Un pari risqué pour Kabila

Le pari est trop osé et très risqué pour l’ancien président. Car au-delà du fait qu’en politique, les accords se font et se défont, le scénario pensé par le FCC occulte un acteur majeur : c’est le peuple.

D’aucuns ignorent que la rue congolaise avait déjà démontré, en janvier 2015, qu’elle peut se mobiliser et tout stopper. Personne n’oublie qu’à l’époque, Kinshasa s’était embrasé et le pouvoir avait dû faire marche arrière. Aujourd’hui encore, le FCC veut curieusement et contre toute attente repasser les plats avec la même optique : permettre à son autorité morale de revenir coûte que coûte au pouvoir. Une fois de plus, cette politique aveugle au service d’un seul individu risque d’embraser, avec son cortège de malheurs et de morts, un pays qui n’a déjà traversé que trop de malheurs.

Un autre acteur et pas de moindre, c’est le soutien occidental réaffirmé au changement. Le soutien des États-Unis au régime en place en RDC est un secret de polichinelle. Très en froid avec Kinshasa durant le dernier mandat de Joseph Kabila, les USA ont reconsidéré leur position depuis l’arrivée de Félix Tshisekedi au pouvoir, dont les réformes ont été saluées allant jusqu’à afficher, à travers le très médiatique ambassadeur Mike Hammer, la volonté de l’aider à se défaire de la forte influence de son prédécesseur.

Selon des sources bien introduites, le partenariat stratégique conclu en avril dernier entre les États-Unis et la RDC vise non seulement à appuyer les réformes initiées ou à initier par Félix Tshisekedi, mais aussi et surtout l’aider à s’affranchir de l’ombre trop encombrante de Joseph Kabila.

Dans ce contexte, le bras de fer actuel entre Félix Tshisekedi et le FCC lui serait présenté par ses partenaires américains comme une occasion en or d’en finir avec celui qui a régné pendant 18 ans en RDC et qui a du mal à oublier pour toujours les honneurs et les tapis rouges.

Pour tout dire, le peuple congolais, qui n’est pas amnésique, n’est pas prêt à déguster un second plat préparé par le FCC de Joseph Kabila. Il y a trop de pourriture dans sa casserole.

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