Page d’histoire: Relations RDC-Rwanda.Octobre 1990, le général Mahele et les militaires congolais interviennent au Rwanda.

  1. Après l’aboutissement de la lutte armée qui a conduit à la chute du dictateur ougandais Idi Amin Dada, et surtout grâce à l’intervention de l’armée tanzanienne, Milton Obote devient président de l’Ouganda en 1979. En 1981, l’un des ses anciens collaborateurs décide de reprendre les armes contre son régime. Il s’appelle Yoweri Kaguta Museveni.
  2. Il prend les maquis avec 26 camarades révolutionnaires dont un certain Fred Rugema, qui est un enfant des réfugiés rwandais venus s’installer en Ouganda entre 1959 et 1962. Museveni et ses camarades créent le NRM (National Resistance Movement) et sa branche armée la NRA (National Resistance Army).
    Parmi les recrues de cette armée rebelle, un grand nombre des combattants sont des enfants des réfugiés rwandais qui sont enrôlés par le commandant Fred Rugema, l’ami de Museveni, et le commandant Salim Saleh, le frère de Museveni. C’est ainsi que Fred Rugema amena Paul Kagame, et Salim Saleh, lui de son côté, amena le jeune James Kabarebe.
  3. En janvier 1986, après 5 ans de lutte armée, Tito Okello, qui a succédé à Milton Obote, est renversé par le NRM et Museveni prend le pouvoir à Kampala.
    On estime, à peu près, que sur les 20.000 combattants de la NRA qui ont libéré l’Ouganda, 5.000 sont de nationalité rwandaise. En reconnaissance de leurs contributions à la lutte armée, le président Museveni nomme certains officiers rwandais à des postes clés dans son armée. Par exemple, le major Paul Kagame devient le numéro 2 du service des renseignements militaires (Deputy Chief of Military Intelligence)et le lieutenant James Kabarebe, un officier de renseignement (Intelligence Officer, IO) de l’armée ougandaise.
  4. Avec le temps, vers la fin des années 80, les ougandais vont devenir critiques à l’égard du régime Museveni à cause de cette présence massive des  » rwandais  » dans l’appareil militaire ougandais. Il nous semble important ici de faire la part des choses. Les mécontentements de la population ougandaise ne portent pas sur les  » Banyarwanda  » de l’Ouganda, qui constituent 6% de la population ougandaise, mais sur la présence des réfugiés rwandais dans l’armée ougandaise.
  5. La seule solution que trouve le président ougandais Museveni pour régler ce problème politique, qui devient de plus en plus préoccupant, est d’aider ses anciens alliés devenus encombrants à rentrer chez eux au Rwanda.
    Le retour pacifique au pays étant obstrué par le régime du président Juvenal Habyarimana, qui ne souhaite pas voir ces militaires tutsi revenir au Rwanda, les membres du FPR (Front Patriotique Rwandais), mouvement créé dans les années 1980 par Fred Rugema en prévision de leur retour au pays de leurs parents, décide de forcer les portes de la maison par la lutte armée.
  6. C’est ainsi que le 1er octobre 1990, 3.000 combattants rwandais de l’APR (Armée Patriotique Rwandaise, la branche armée du FPR), composée des démobilisés rwandais de l’armée ougandaise, des officiers déserteurs et même des mercenaires ougandais, s’infiltrent au Rwanda en s’attaquant au poste frontalier de Kagitumba. Ces rebelles sont très bien équipés avec du matériel « volé  » dans les entrepôts de l’armée ougandaise; en réalité, mis à leur disposition par le président Museveni: mitrailleuses, mortiers, canons sans recul, appareils de transmissions, véhicules 4×4.
    Leur objectif est de prendre Kigali en 5 jours.
  7. Le lendemain du déclenchement de l’offensive, c’est à dire le 2 octobre 1990, le commandant Fred Rugema, le chef de cette rébellion du FPR, est tué de façon mystérieuse. On soupçonne qu’il a été victime d’une lutte de leadership au sein du FPR.
    Pour assurer la succession à la tête du FPR et la poursuite des opérations militaires, le président Museveni, parrain du FPR, fait revenir en toute urgence son chef des renseignements militaires, Paul Kagame, qui était parti aux États-unis, depuis le mois de juin 1990, suivre un stage de Commandement militaire à Fort Leavenworth au Kansas.
    On raconte même que des officiers ougandais auraient éliminé des concurrents potentiels de Paul Kagame à la tête du FPR, pour l’imposer lui, le choix de Museveni.
  8. Après avoir réglé le problème de succession, l’APR poursuit sa marche sur Kigali, les FAR (Forces Armées du Rwanda), l’armée du président Habyarimana n’arrivant pas à la stopper.
    Le président rwandais, en grande difficulté, demande l’aide au Maréchal Mobutu, qui décide de voler au secours de son ami rwandais.
    Une unité d’intervention, commandée par le général Mahele, va être mis en place. Elle est composée des éléments du SARM (Service d’Actions et de Renseignements Militaires), de la DSP (Division Spéciale Présidentielle) et des commandos formés à Kisangani.
  9. Le général Mahele et ses hommes (500) arrivent à Kigali où ils apprennent que les rebelles de Kagame sont déjà à Gabiro, localité située à 70 km seulement de la capitale rwandaise. Il faut noter aussi la présence dans cette ville des militaires français et belges venus  » sécuriser  » les européens.
    Avec les éléments des FAR, qui sont revigorés par la présence des militaires zaïrois, le général Mahele déclenche une contre-offensive victorieuse contre les rebelles de l’APR. Ayant subi beaucoup des pertes lors de ces affrontements avec les militaires zaïrois et les FAR, les rebelles de l’APR vont systématiquement décrocher de leurs positions et se replier jusqu’en Ouganda.
  10. C’est la fin de ce premier épisode de la guerre de libération du Rwanda par le FPR de Paul Kagame ; opération qui a échoué à la suite de l’intervention des militaires congolais.
    Nous, la majorité des congolais l’avons déjà oublié. Mais le président Paul Kagame et ses camarades ne l’ont jamais oublié !

A suivre !

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